Illustration : Défilé de propagande de « Chemises brunes », les SA (Sturm Abteilungen – Sections d’assaut) à Guebwiller (?). Outil politique du parti nazi pour l’embrigadement, la propagande et la terreur de la population de l’Alsace annexée. Leurs membres constitueront l’essentiel de la 106è Panzerbrigade Feldherrnhalle engagée dans les combats de la poche de Colmar.
La guerre totale
« À la fin de l’année 1944, la Seconde Guerre mondiale semble d’ores et déjà perdue pour l’Allemagne nazie. Pourtant, dans un dernier espoir, celle-ci jette ses ultimes ressources dans la bataille. Alors que le conflit atteint les portes du Reich à l’Est comme à l’Ouest, chaque portion de terre doit être défendue jusqu’au dernier homme. En novembre 1944, la 19e Armée allemande est repoussée en Alsace après avoir longuement battu en retraite. Annexée par l’Allemagne nazie dès 1940 et rattachée à la région administrative (Reichsgau) du Bade, l’Alsace est une frontière du Reich et doit être défendue comme telle. Le groupe d’armée « Oberrhein – Rhin supérieur », sous les ordres du Reichsführer SS. Himmler, a pour mission de tenir l’Alsace à tout prix. Face à elle, les Alliés peinent à progresser. Après la libération de Mulhouse et de Strasbourg, la ligne de front se change en une poche de cent soixante-dix kilomètres autour de Colmar. Alors que débute l’hiver, une guerre de position s’engage. Le rapport de force est favorable aux Alliés, mais les problèmes logistiques, la dépréciation climatique et l’offensive allemande dans les Ardennes en décembre 1944 les immobilisent. » (1)
Heinrich Himmler
Le 2 décembre 1944, Hitler avait en effet confié à Heinrich Himmler le commandement suprême des forces allemandes sur le front du Rhin supérieur avec pour mission de bloquer l’avancée alliée et de défendre l’Alsace à tout prix. Pour compenser son manque de sens tactique, Himmler exige un engagement fanatique, y injecte des renforts (comme la division d’élite SS Feldherrnhalle) et impose un raidissement meurtrier qui ralentit considérablement la 1ère armée française de De Lattre de Tassigny. Sur le terrain, il déploie la violence nazie à son paroxysme : répression impitoyable des civils haut-rhinois, travaux de fortification obligatoires pour les hommes et les femmes, exécutions et minage systématique des infrastructures. Bien que son quartier général mobile, un train bien protégé dans le tunnel du Triberg, se trouvât en Forêt-Noire, Himmler s’est rendu à plusieurs reprises sur le terrain, on le verra à Colmar et à Wintzenheim, pour galvaniser ses troupes et harceler ses généraux. Or Guebwiller était un point stratégique on y trouvait l’Etat-major de la 19è Armée G, commandée jusqu’au 15 décembre 1944 par le Generaloberst Wiese, logé dans la villa Schlumberger. Wiese fut destitué par Himmler pour avoir échoué dans la contre-attaque « Nordwind » et remplacé par le Général Rasp (2). Himmler est donc sûrement passé à Guebwiller, bien que sa présence ne soit attestée qu’à Wuenheim (siège de l’Etat-major du 63è Corps d’Armée) où il aurait passé la nuit de Noël 1944 au presbytère du village (3). Des témoins se rappellent avoir entendu la retransmission de son discours de propagande, par haut-parleurs, dans les rues pavoisées de Guebwiller, fin 1944 (4). L’incompétence militaire de Himmler, caractérisée par une ingérence constante dans les micro-décisions et une profonde suspicion envers les officiers de la Wehrmacht, saute rapidement aux yeux du haut commandement. Ses offensives brutales mais mal coordonnées finissent par s’épuiser face aux Alliés. Le 24 janvier 1945, alors que le front de l’Est cède sous la poussée soviétique, Hitler le relève de son poste en Alsace pour l’envoyer commander le Groupe d’armées Vistule. Le général SS Paul Hausser le remplace brièvement avant que le commandement du Rhin supérieur ne soit définitivement dissous quelques jours plus tard.
Une retraite chèrement défendue
Une étude du colonel Montfort sur la 19è Armée allemande dans la poche de Colmar (5), montre comment celle-ci :
– en état d’infériorité considérable par rapport à l’adversaire,
– acculée au Rhin sur lequel elle ne disposait que de deux ponts (Neuf-Brisach et Chalampé) qui étaient sous les feux de l’aviation et de l’artillerie franco-américaine,
– tenant un front de 160km avec seulement 8 divisions,
a néanmoins résisté activement pendant 21 jours en défendant le terrain pied à pied à 1 contre 10.
C’est ce que lui demandaient les ordres impératifs de Hitler :
« Tout projet de mouvement de repli ou de retraite doivent m’être annoncés suffisamment tôt pour qu’il me soit possible d’intervenir dans la prise de cette décision et qu’un éventuel contre-ordre puisse encore atteindre à temps les troupes les plus avancées » (AOK19 26/01/1945).
Et ses acolytes, qui ont perdu tout sens de la réalité font de la surenchère et du zèle, tel cet ordre du général SS Hausser qui veut être informé 48 heures à l’avance de toute entreprise normale de troupes d’exploration ou de choc !
Au 4 décembre 1944 tandis que le PC de la 19è Armée se trouvait à Guebwiller, l’Etat-major de la 338. VGD (Volks Grenadier Division) (6) était stationné à Sengern au plus près des troupes qui défendaient les crêtes. Mais au 6 février on retrouve le PC de la 19è Armée à Bad-Krotzingen sur la rive droite du Rhin. Avec lui, lors du repli et de l’évacuation continue du 1. au 06/02/1945 ont été portés au-delà du Rhin : 5135 véhicules automobiles, 133 ambulances automobiles, 260 canons, 34 chars, 4752 véhicules attelés, 6640 chevaux haut le pied et 28691 hommes. Il n’y aura que de rares prisonniers dans le Florival. On trouvera les détails de la libération du Haut-Florival dans S’Lindeblätt n°12/1995.
Michel Wagner
(1) Geoffrey Koenig « Propagande de guerre et idéal jusqu’au-boutiste » in Trajectoires 12/2019
(2) Jean-Jacques Sturm « Compléments à : Ostheim, souvenirs de l’automne 1944 » sur https://genealogiealsace.wordpress.com, consulté le 04/09/2026
(3) Commune de Wuenheim sur www.ajpn.org consulté le 04/09/2026
(4) Témoignage de l’abbé André Hassenforder dans l’Alsace du 28/11/2024.
(5) Colonel-divisionnaire Montfort in Revue militaire Suisse n°9/1962 : « La bataille de Colmar, étude comparée… »
(6) La 338.VGD était composée de : Gr. Rgt. 757, 758, 759 ; Feld-Ers-Btl. 338 ; 1. Pz-Jg-Abt. 338 ; Nach-Abt 338 ; Pi-Abt. 338.
