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Du télégraphe à la fibre optique

Les fils du télégraphe à leur arrivée sur le toit de la mairie de Lautenbach avant 1925

A l’heure du smartphone et du tout numérique, difficile de prendre conscience de la vitesse à laquelle nos données circulent à travers le monde. Car il en allait tout autrement à la préhistoire des télécommunications. L’ancêtre du téléphone qu’était le télégraphe optique de Chappe, envoyait des messages à l’aide de bras articulés visibles à 10km par l’opérateur de la station suivante. C’est ainsi qu’en 1798, 25 mots pouvaient être transmis en une heure entre Paris et Strasbourg, contre 2 jours par transport à cheval. L’aventure des télégraphes Chappe, d’ailleurs réservés à l’État, s’achèvera en 1855. Depuis une décennie ils étaient concurrencés par le télégraphe électrique de l’américain Samuel Morse dont les premières lignes en France sont installées le long des voies de chemin de fer à partir de 1845. Il est prévu à partir de 1851 d’installer 9000km de lignes. Cet essor est encouragé par Napoléon III soucieux de modernité. L’inventeur alsacien Bernard Meyer d’Uffholtz allait contribuer à la vitesse des transmissions grâce à son appareil transcripteur à bande perforée.

Le réseau des 42 stations de télégraphe public existant en Alsace est repris par l’administration allemande après la guerre de 1870. La direction des télégraphes fut réunie à la poste impériale en 1875 et dépendait dès lors de la « Kaiserliche Ober-Postdirection » de Strasbourg. L’extension du réseau de lignes en Alsace allait être exponentielle, de 1049km de lignes en 1871 elle passera à 3076 en 1889. Pour envoyer un télégramme il faut se rendre d’abord en mairie puis à la Poste, 1 807 550 d’entre eux seront traités en Alsace en 1889 par les 2244 appareils de télétransmission qui s’y trouvent alors : 324 appareils Morse, 5 Hugues et 1915 téléphones. (Le dernier télégramme français a été envoyé le 30 avril 2018, mettant un point final aux « petits bleus », transcription sur papier des messages, et aux services télégraphiques dans leur ensemble).

Le téléphone, inventé en 1876 par Graham Bell permet la transmission de la voix sur une grande distance. Contrairement au télégraphe, le téléphone ne connaît pendant un siècle qu’une croissance lente. Il est mis en service à Mulhouse dès 1877, deuxième ville du Reich, après Berlin, à disposer d’une ligne téléphonique. Cette avancée s’explique par l’intérêt que lui manifestent les industriels mulhousiens. A Guebwiller il faudra attendre 1882 l’ouverture d’une ligne desservant 24 usagers. Lautenbach, dotée d’une agence postale dès 1878 sera desservi dans la foulée. En 1913 le téléphone public « Oeffentliche Fernsprechstelle » de Lautenbach est tenu par la Veuve Lilienfeld « Postagentin ». Lors du retour de l’Alsace à la France après 1918, il faut s’adapter à la croissance constante du nombre des abonnés. Apparaissent alors les centraux urbains et interurbains manuels avec les « demoiselles du téléphone », le plus important d’entre eux affichant 10800 lignes. Le premier autocommutateur automatique de France sera installé à Colmar en 1928. L’Alsace sera d’ailleurs la première région de France à être entièrement automatisée avec une avance de 8 à 10 ans sur la moyenne nationale. Après la seconde Guerre Mondiale le réseau cuivre, également connu sous le nom de réseau Téléphonique Commuté (RTC) est déployé dans toute la France, surtout dans les années 1960 et 1970. Car le véritable essor du téléphone n’aura lieu que dans les années 1970 durant le « rattrapage » français, où, de 3 millions d’abonnés, la France passe à 30 millions en 1990. En 1982 le Minitel , service vidéo disponible sur les lignes téléphoniques est commercialisé sur l’ensemble du territoire. En 1988 est créé France Télécom, opérateur national (privatisé en 1997). En 1995 est lancé le premier accès à internet, Wanadoo compte 350 abonnés en Alsace deux ans plus tard. Mais désormais les progrès seront fulgurants : 2000 introduction à Mulhouse de l’ADSL (Asymetric Digital Subscriber Line), 2006 le central téléphonique de Guebwiller est relié par fibre optique, 2021 début du déploiement de la fibre optique depuis le central de Lautenbach, 2023 fermeture progressive du réseau cuivre RTC. Les fibres optiques ont permis d’atteindre des débits de l’ordre de 100 milliards de bits par seconde. Ainsi, une seule fibre peut acheminer tout le trafic téléphonique de la France, ou encore l’équivalent de 1000 milliards de lignes de sémaphores.

Michel Wagner

Sources : « Post und Telegraphie in Elsass-Lothringen 1870-1890 » Reichsdruckerei, Berlin 1890 ; Tharcise Meyer et Denis Ingold « Bernard Meyer Télégraphiste inventeur à Uffholtz 1830-1884 » Uffholtz, 1984 ; Fiche pédagogique « Télécommunications » du Musée de la Poste, 2019 ; Histoire des télécommunications en Alsace sur le site www.dev-acrft.fr.