Présentation
« Schu weder a Heftla ewer dr Kriag ! » (Encore un bulletin sur la guerre) s’exclamait récemment un fidèle lecteur en découvrant le thème du présent bulletin. Il est vrai que les six publications consacrées aux deux conflits mondiaux de ce siècle pourraient laisser croire que la guerre serait un filon prolifique, à exploiter sans modération. J’ai alors expliqué à mon interlocuteur que nous pensions avoir la vocation, voire le devoir, de consigner par écrit, bribe après bribe, la mémoire collective de notre vallée, avec ses joies et ses peines, ses rires et ses pleurs, son labeur et ses loisirs.
Parmi les différentes périodes qui ont façonné l’Histoire de ce siècle finissant, il en est une qui a longtemps été occultée, comme si le voile opaque du deuil continuait à la recouvrir. Longtemps ces sombres années de l’Occupation n’ont été évoquées qu’à demi-mots et à contrecœur, comme si une parole trop forte avait pu réveiller quelques vieux démons aux aguets. Il y avait là un mélange de souffrance et de révolte, de crainte et de honte, une alchimie de sentiments et de souvenirs qui vous nouent la gorge, une volonté d’oublier, d’effacer, de ne pas raviver des blessures encore mal cicatrisées.
Puis vint le temps où les premiers acteurs de la tragédie tirèrent leur révérence et quittèrent la scène de la vie sur la pointe des pieds : unis dans la mort, ils emportaient leurs secrets, leurs rancunes et parfois leurs regrets, les héros et les traîtres, les justes et les salauds, les résistants et les collabos. Peu à peu, un pan entier de l’Histoire contemporaine menaçait de se lézarder, de s’effriter, de vaciller.
Bientôt arriva, sur la pointe des pieds ou avec de gros sabots, toute la cohorte des fossoyeurs de la Mémoire, des faussaires de l’Histoire, tous ceux qui voulaient et qui veulent encore, remodeler le passé à l’aune de leurs fantasmes et reproduire ainsi les mêmes délires criminels qui embrasèrent naguère le monde entier. Je n’oublierai jamais la détresse de ce libérateur auvergnat, presque octogénaire, qui en 1995, après le vote extrémiste d’un quart de l’électorat alsacien, balbutia, la voix brisée par l’émotion et le regard embué par le chagrin : « Avons-nous vraiment offert notre jeunesse pour en arriver là ?, » Oui vraiment, ont-ils mérité cet affront obscène, tous ceux qui, cinquante ans auparavant, avaient combattu la même idéologie sordide au péril de leur vie ?
C’est en pensant à tous ces combattants de l’ombre, à tous ces artisans de Paix, à tous ces forgerons de la Liberté, que nous contribuerons modestement à sauvegarder la Mémoire en collectant, ça et là, des parcelles de vérité. Nous pensons aussi aux générations futures, qui, orphelines des témoins de cette époque douloureuse, auront besoin de sources fiables, de repères précis pour éviter les pièges des démagogues et des falsificateurs. Puissions nous alors, tous ensemble, tirer les leçons de l’Histoire et bannir à tout jamais, sans concessions et sans compromissions, ces fanatismes, ces racismes, ces égoïsmes
qui constituent le terreau fertile dans lequel s’enracine, aujourd’hui encore, l’ignominie fasciste. Puissions-nous, tous ensemble, combattre sans répit et sans faiblesse l’imposture des faux prophètes et la propagande perfide des semeurs de haine. Alors seulement nous ne serons pas condamnés à revivre certaines contorsions de l’Histoire, alors seulement le sacrifice de nos valeureux combattants aura atteint toute sa plénitude et toute sa pérennité.
Sommaire
- Croix gammée sur le Florival (II)
- Les premiers pas de l’occupant
- L’enseignement à Lautenbach sous l’occupation
- La guerre d’un Alsacien en Normandie
- Linthal sous l’occupation
- L. MARCK, un libérateur venu de l’Est
- Souvenirs d’un prisonnier Ukrainien
- Réfugié au Markstein
- De la mobilisation à l’occupation
- Paroles de paix, poèmes
- Rétrospectives 1996 et 1997
![[n°17] Le Haut-Florival sous l'Occupation (tome 2)](https://patrimoine-haut-florival.fr/wp-content/uploads/2026/05/Slind17.jpg)