Présentation
Devoir traiter par l’écriture du parcours d’un écrivain est décidément un exercice littéraire des plus périlleux : non seulement le narrateur s’expose à la critique avisée des admirateurs (comme d’ailleurs des détracteurs) de cet auteur mais il est de plus contraint d’exercer le plus dignement possible cet art dans lequel excelle l’illustre personnalité. Les cent pages qui vont suivre ne constituent donc pas une biographie exhaustive de Jean Egen : nous nous sommes contentés de feuilleter l’album-photo de sa vie, de sa carrière et nous avons extrait ça et là un cliché particulier une facétie originale, un angle de vie insolite afin de mieux vous faire connaître et apprécier l’homme, le journaliste, le romancier, l’humaniste.
En parlant de l’acte d’écriture, Émile Zola disait qu’il permettait de « montrer la joie de l’action et le plaisir de l’existence ». Cette définition colle parfaitement à notre Changala des rives de la Lauch. Lorsqu’un grand reporter du très sérieux « Monde Diplomatique » se lance dans le roman « populaire », on pourrait s’attendre à une œuvre austère voire indigeste. « Les Tilleuls de Lautenbach » sont tout le contraire : une fresque espiègle, truculente, jubilatoire mais avec quelle justesse, quelle intensité, quelle pertinence ! L’Alsace s’échappe alors, de branche en feuille, des clichés éculés de la choucroute-bretzel-cigogne pour se poser dans cet éden peuplé d’une joyeuse ribambelle de descendants de Pantagruel et de Till Eulenspiegel.
Puis vint le film… avec son flot de réactions passionnelles, parfois outrées jusqu’à l’hystérie et son cortège de preux chevaliers de l’Alsace immaculée, vaillants pourfendeurs de zizis juvéniles et de riesling ecclésiastique… pourtant seul téléfilm français à décrocher une « Nymphe d’or » au Festival de Monte-Carlo. Adapter Jean Egen au petit écran ne pouvait évidemment pas engendrer un documentaire sur les vertus soporifique, de l’infusion de tilleul ou un reportage sur les traditions sylvicoles des derniers Mohicans du Haut-Florival. Bref, la France a bien ri, de même que nos voisins Badois, et c’est bien ainsi car l’Alsace a hélas plus souvent été un enjeu de guerre qu’un sujet d’hilarité partagée.
Partons donc ensemble à la rencontre du poète de notre terroir, de notre alchimiste du verbe auquel cet insolent volatile de « Canard Enchaîné » rendra un ultime et vibrant hommage en ces termes : « Doté d’une plume sensible et musclée ( …) il était d’une extrême gentillesse ». Merci, Changala !
Sommaire
- Souvenirs de Paule
- Origines de la famille Herrgott
- Jean Egen le journaliste
- Quand Jean Egen retrouva le chemin de l’Alsace
- Les Tilleuls de Lautenbach
- Jean Egen Grand Bretzel d’Or 1981
- La vieille dame et le cimetière
- Flânerie sur les traces de Changala
- La gastronomie dans l’œuvre de Jean Egen
- Alfred Kastler – Jean Egen, itinéraire croisé
- Repères biographiques et bibliographiques
![[n°19] Jean Egen](https://patrimoine-haut-florival.fr/wp-content/uploads/2026/05/Slind19.jpg)